Ufologie
Depuis soixante ans, des dizaines de milliers de personnes ont rapporté avoir vu d’étranges lumières dans le ciel. Plusieurs ont observé des engins volants se déplacer à haute vitesse dans les airs, et même atterrir. Certains racontent avoir discerné des êtres surprenants quitter ces vaisseaux de l’espace pour fouler le sol. Des rencontres humains-extraterrestres auraient eu lieu. Un petit nombre de terriens soutiennent même qu’ils ont été enlevés par de curieuses créatures qui les ont auscultés et finalement relâchés. Avons-nous vraiment été visités par tous ces très discrets touristes extraterrestres ?
Pas de preuves matérielles
Précisions d’emblée qu’aucune preuve tangible n’existe de la venue d’extraterrestres. Nous n’avons que des témoignages de gens qui ont observé des phénomènes étranges qu’on s’est plu à nommer « ovnis », soit des « objets volants non identifiés ». Pas de débris des engins aperçus, pas d’objets laissés ou perdus, pas d’implants d’origine extraterrestre chez des personnes prétendument enlevées. Aucun appareil provenant d’une technologie manifestement supérieure à la nôtre. Rien !
Devant le flot incessant des témoignages, les gouvernements ont réagi et créé plusieurs groupes d’enquêtes. Toutefois, aucune équipe scientifique n’a conclu à la venue de visiteurs d’autres planètes. Après des dizaines d’années de recherche, on a estimé que, faute d’éléments probants, il ne valait pas la peine de poursuivre les investigations. Ainsi, après 22 ans, le projet Blue Book (1) de l’armée de l’air américaine conclut qu’aucune des apparitions rapportées ne menace la sécurité des États-Unis. Une étude scientifique, le rapport Condon (2), menée également aux É.-U., durant les années 1960, clôt deux ans de recherches sur un constat d’échec : cette avenue d’investigation est stérile.
Des groupes d’enquête semblables ont été mis sur pied dans différents pays. En général, seulement 5 % des cas résistent à l’examen rigoureux. Les autres sont soit totalement expliqués par des causes naturelles, soit explicables par des causes probables, soit insolubles par manque de données vérifiables. En France, le Groupe d’études et d’informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (GEIPAN), fondé en 1977, rapporte 27 % de cas inexpliqués. Toutefois, des analyses (3) critiques de ces cas réfractaires révèlent des lacunes méthodologiques et interprétatives importantes et indiquent que des pistes significatives ont été négligées.
Rappelons qu’aucune des nombreuses missions spatiales américaines n’a rapporté d’inexplicables observations d’ovnis. Même constat chez des centaines de milliers d’astronomes amateurs qui scrutent constamment le ciel. Depuis 40 ans, le programme SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence), s’appuyant sur les données d’une panoplie d’immenses radiotélescopes, n’a pu décrypter aucun message de source interstellaire.
Piètre qualité des cas
Malgré l’absence de preuves convaincantes, les signalements d’ovnis auraient augmenté au Canada de 1994 à 2004. S’agit-il d’une véritable hausse ou d’un meilleur système de saisie ? Les responsables du Canadian UFO Survey (4) ne l’expliquent pas, mais la répartition inégale des cas à travers le Canada favorise l’hypothèse d’une saisie partielle et irrégulière. Notons aussi que les signalements sont deux fois plus nombreux en juillet et en août que les autres mois et que 40 % observations se situent entre 22 heures et minuit. Cela en dit plus long sur les caractéristiques ou les comportements des observateurs que sur les observations elles-mêmes.
Même si 14 % des observations de cette étude n’ont pu être expliquées, les auteurs du rapport s’empressent d’ajouter que les « inconnus » de haute qualité ne représenteraient que 1 % des cas. Pourtant, 2,5 % des témoignages rapportent des traces physiques visibles, et 3 % représentent soit des « entités » vues, soit des enlèvements présumés. On doit conclure à la faible valeur des témoignages.
Ainsi, la très grande majorité des cas se clarifie finalement dans une explication physique raisonnable. Les lumières étranges observées proviennent d’éléments bien connus : planètes, météorites, satellites, débris spatiaux, fusées, missiles, avions, ballons météo, oiseaux, foudre, aurores boréales, coupures sur la ligne à haute tension, projecteur de discothèque... Les expériences vraiment déroutantes (arrêt de moteur, mutilations d’animaux, échanges verbaux [dans quelle langue !] ou enlèvements) ne sont habituellement corroborées par aucun fait vérifiable.
La hausse alléguée des signalements, au Canada comme ailleurs, n’a pas amélioré la qualité des preuves apportées. Méprise, canular ou psychose chez les témoins semblent beaucoup plus probables que l’hypothèse extraordinaire de la venue d’extraterrestres.
Aucun contact avéré
Depuis près de 60 ans, des milliers d’apparitions d’ovnis n’ont abouti à aucun contact avéré. On a pourtant observé des « vaisseaux » dans toutes sortes d’endroits : sur la route, au milieu d’un champ et même en ville. Les extraterrestres sont manifestement très curieux, mais ils ne semblent pas vouloir communiquer avec nous face à face. Si nous nous approchons d’eux, ils nous fuient. Ils nous évitent comme si on avait la peste.
On pourrait aussi mieux les connaître s’ils avaient une panne de moteur qui les clouerait au sol ou encore s’ils étaient victimes d’un malheureux accident. Ces dizaines d’années de survol de la planète Terre n’ont pu se faire sans anicroche ; un accident apparaît inévitable. Alors, pourquoi n’avons-nous jamais pu voir les restes d’un vaisseau spatial ou de ses occupants ?
Il y en a eu, prétendront certains, mais les gouvernements nous cachent la vérité... pour notre bien. En 1947, au tout début des apparitions d’ovnis, une soucoupe se serait écrasée à Roswell, au Nouveau-Mexique. On aurait trouvé des extraterrestres humanoïdes morts à bord et des médecins militaires les auraient autopsiés. Le film de cette autopsie s’est, par la suite, révélé une supercherie. L’extraterrestre autopsié ressemblait d’ailleurs beaucoup trop à un humain – avec cœur, poumon et foie aux bons endroits. De plus, l’armée américaine affirme que c’est un ballon de recherche qui s’est écrasé à Roswell.
Par ailleurs, la théorie de l’évolution soutient que chaque espèce se développe au hasard de son environnement, suivant sa propre histoire. Sur une exoplanète, même avec les mêmes éléments de base, l’environnement (atmosphère, eau, température, etc.) diffère nécessairement de celui de notre planète. Sur une exoplanète, l’histoire du développement de la vie (traits acquis, autres espèces, extinctions, etc.) doit varier considérablement de la nôtre. Un extraterrestre ne devrait pas du tout ressembler à un humain.
Distances gigantesques
Tout touriste interstellaire doit faire face à un obstacle majeur : les distances énormes à parcourir. Elles impliquent une durée de voyage de plusieurs dizaines d’années, voire de plusieurs siècles ou millénaires. Les lois de la physique ne permettent pas de filer plus vite que la vitesse de la lumière. Si on s’approche de cette limite de vitesse, on peut bénéficier d’effets relativistes qui pourront diminuer le temps requis pour le voyageur, comme s’il voyageait à une vitesse plusieurs fois celle de la lumière. Mais, le temps écoulé lorsqu’il reviendra chez lui sera au moins autant que celui que la lumière aurait pris pour la distance parcourue.
Tentons de saisir l’énormité des distances impliquées. Il y a environ 200 milliards d’étoiles dans notre galaxie qui a un diamètre de 100 000 années-lumière. S’il y avait présentement le nombre respectable de 300 civilisations technologiques dans notre galaxie, la plus proche de nous serait parmi les 600 millions d’étoiles dans un rayon de 5000 années-lumière (5) de nous – une distance considérable qui requerrait 10 000 ans pour un aller-retour à la vitesse de la lumière. S’il y avait un million de civilisations avancées, la plus proche de nous serait à 250 années-lumière – une distance importante, car nous ne pourrions revoir avant au moins 500 ans les braves astronautes qui s’y rendraient. Communiquer par radio avec une civilisation aussi éloignée serait extrêmement long : ça prendrait également cinq siècles avant d’obtenir une réponse à chacune de nos questions !
On constate que de tels voyages, même à une vitesse théorique approchant celle de la lumière, sont presque irréalisables. Et ils sont vraiment hors de notre portée pour encore bien longtemps. Nos vaisseaux spatiaux les plus rapides (36 000 km/h) prendraient plus de 7 millions d’années pour se rendre à 250 années-lumière. Il faudrait de plus apporter dans la fusée des quantités énormes de combustible (technologie présente).
Dans l’espace, de graves dangers nous guettent, parmi lesquels : micrométéorites, radiations cosmiques mortelles et vieillissement accéléré en apesanteur. Bien que nous ayons été quelques fois sur la lune (une seconde-lumière), nous nous contentons depuis plus de trente ans de faire le tour de la Terre à 340 km au-dessus de nos têtes. Les coûts de préparation et d’exécution sont exorbitants, les dangers très réels.
Explications plausibles
Comment expliquer qu’autant de gens se méprennent sur la véritable signification de ce qu’ils perçoivent ? Au-delà du désir bien naturel de vouloir donner un sens à nos perceptions, les illusions visuelles et cognitives nous prouvent abondamment qu’on peut très facilement se tromper. Il est, par exemple, presque impossible de déterminer la taille, la distance et la vitesse d’un objet brillant dans le ciel sans point de référence.
Photos et films ne constituent pas non plus des preuves sérieuses, car on peut facilement les falsifier. Méprise, canular ou dérèglement psychologique chez les témoins semblent beaucoup plus probables. Par ailleurs, les dossiers des témoins sont souvent inaccessibles pour des raisons de confidentialité.
De plus, on ne peut se fier aux témoignages oculaires, même de gens en apparence fiables et raisonnables. Le recoupement de témoignages n’est pas suffisant non plus pour « objectiver » une apparition. Tributaires de la même culture, membres de groupes et de catégories sociales, nous pouvons partager collectivement nos hallucinations. Sans compter que des témoignages déjà entendus peuvent modeler le nôtre.
Il arrive aussi qu’on s’accroche à une explication malgré des faits contraires. Certains trouveront incontournable l’origine présumée extraterrestre de cercles céréaliers complexes dans des champs de blé. Pourtant, plusieurs plaisantins ont reconnu avoir eux-mêmes construit de tels cercles la nuit tombée. De nombreux sceptiques ont aussi construit des cercles très convaincants pour prouver qu’on peut facilement y arriver avec une bonne méthode. D’ailleurs, pourquoi des extraterrestres traceraient-ils des figures étranges dans des champs de blé, alors qu’il existe bien d’autres façons de s’exprimer beaucoup plus clairement ?
Un événement aussi extraordinaire que la venue d’extraterrestres doit être soutenu par des preuves extraordinaires. L’absence d’explications de certains cas, en apparence troublants, ne constitue pas une preuve du phénomène. En guise d’analogie, le spectateur profane ne peut souvent trouver d’explications aux numéros de prestidigitation d’un magicien. Mais, il y a toujours un truc, l’explication existe, même si on ne l’a pas encore trouvée. Il est vain de conclure au pouvoir paranormal du magicien parce qu’on ne peut imaginer comme il réussit son illusion. De la même manière, il est prématuré de conclure à la visite d’extraterrestres lorsqu’on ne peut expliquer de fugitives lumières dans le ciel ou d’étranges traces dans l’herbe.
Absences extraordinaires
L’enthousiasme des ufologues devant la venue d’extraterrestres dépasse la réalité des preuves disponibles. Celles-ci ne reposent que sur des témoignages qui, pour la plupart, se sont révélés expliqués ou explicables par des causes naturelles, des erreurs ou des illusions. Et les cas non encore résolus manquent de données probantes pour conclure à une visite en provenance du cosmos.
Les immenses distances qui vraisemblablement nous séparent d’une possible civilisation extraterrestre rendent très improbable la visite d’un représentant interstellaire sur Terre – et d’autant plus les milliers de visites alléguées, perçues par l’observation d’insaisissables ovnis dans le ciel. Après un si long voyage, les touristes interstellaires trouveraient sûrement un moyen de nous faire connaître leur présence de façon non équivoque.
Notes
1. Project Blue Book / USAF Fact Sheet : http://www.cufon.org/cufon/malmstrom/UFO_A.html.
2. The Condon Report : http://www.ncas.org/condon/text/sec-ii.htm.
3. ROSSONI D., MAILLOT E., DÉGUILLAUME E., Les OVNI du CNES, 30 ans d’études officielles 1977-2007, book-e-book.com, 2007, 420 p.
4. The 2006 Canadian UFO Survey : http://www.canadianuforeport.com/survey/essays.
5. Un atlas de l’Univers : http://atunivers.free.fr/.