Scepticisme
Sous la rubrique « Discutez avec notre expert », l’Agence Science-Presse invita le public à poser des questions sur les pseudosciences à un porte-parole des Sceptiques du Québec. Voici le contenu des échanges.
Les questions ont été posées par des internautes ayant un compte utilisateur à l’Agence Science-Presse. Les réponses sont de Louis Dubé, porte-parole des Sceptiques du Québec ; elles tentent de représenter un point de vue sceptique sur les questions soulevées.
La croyance la plus répandue
Question : Je me demande… quelle est la croyance la plus répandue ici au Québec ? Et s’il y en a une, comment l’expliquer ?
Réponse : Selon les résultats de plusieurs sondages des années 1980 à 2000, la télépathie vient en tête des croyances paranormales au Québec. Deux répondants sur trois ont affirmé y croire. La croyance dans la voyance, l’astrologie et les fantômes suit, ralliant de 50 à 40 % des répondants. (Voir la revue Le Québec sceptique, no 55, pages 21-23.)
Aucune des nombreuses expériences rigoureuses de communication télépathique n’a pourtant réussi à en faire la démonstration. Pourquoi alors croit-on que la télépathie fonctionne, puisque, manifestement, ce n’est pas le cas ?
J’estime qu’on y croit principalement parce que cela apporte un certain réconfort psychologique. On retient alors les anecdotes, les intuitions et les coïncidences qui confirmeraient la télépathie. Et on laisse tomber les autres cas – vérifiés et beaucoup plus nombreux – qui l’infirment. On parvient ainsi à se convaincre soi-même de l’existence d’un phénomène qu’aucune étude sérieuse n’a réussi à établir.
Je serais très surpris d’apprendre que les télépathes modernes préfèrent se servir de leur don plutôt que de leur téléphone cellulaire pour communiquer avec leurs parents, leurs amis et leurs connaissances...
Avantages du scepticisme
Question : N’êtes-vous jamais découragé lorsque vous constatez à quel point certaines croyances ridicules ou farfelues trouvent un écho favorable ? Comment ne pas devenir cynique quand on observe continuellement ce genre de phénomène ?
Réponse : Il semble bien que certaines personnes aient besoin de croire pour se rassurer. Si leurs croyances ne concernent pas un danger pour elles-mêmes ou pour autrui, elles demeurent relativement inoffensives et l’on pourrait ne pas trop s’en préoccuper. Par contre, croire que, par exemple, un gourou de la biologie totale nous guérira du cancer peut avoir de sérieuses conséquences – surtout si on laisse tomber les traitements médicaux recommandés. Ce sont ce genre de pratiques irrationnelles que l’on doit dénoncer avec vigueur. Et on ne devrait pas se lasser de le faire.
Par ailleurs, aider à améliorer l’esprit critique des gens, quelle que soit la croyance, ne peut avoir que des effets bénéfiques. Il y a d’abord, à mon avis, les bienfaits de ne pas s’appuyer sur un réconfort illusoire et probablement temporaire. De plus, les techniques d’investigation apprises pour déboulonner les croyances farfelues peuvent aussi servir dans la vie de tous les jours lorsque l’on prend des décisions pratiques, sociales ou financières.
Dangers et avantages du Web
Question : Avec la montée en puissance des réseaux sociaux depuis quelques années, les croyances infondées scientifiquement se propagent sur le Web à la vitesse grand V et avec plus d’impact. Peut-on utiliser les mêmes outils pour déboulonner efficacement et durablement ces mythes ? Si oui, comment ? Sinon, pourquoi ?
Réponse : Scientifiques, analystes, journalistes et sceptiques utilisent déjà Internet pour publier de nombreuses études et analyses démystifiant le paranormal et les pseudosciences. Il m’est difficile d’évaluer avec optimisme le degré d’efficacité de leurs interventions. Je sais que certaines croyances ont la vie dure : la foi en la télépathie et en l’astrologie, par exemple, aurait augmenté durant les dernières décennies – malgré de multiples dénonciations, soutenues par d’abondantes preuves contraires.
Et que dire de la croyance en la fin du monde prévue pour décembre 2012 ? Selon un sondage Ipsos/Reuters, effectué au printemps 2012, une personne sur dix (mondialement) pensait que cela aurait de bonnes chances d’arriver. Pourtant, au moins une centaine de prédictions de fin du monde bien médiatisées depuis les années 1900, et certaines toutes récentes, se sont manifestement révélées fausses. Nous sommes là pour en témoigner.
Ceux qui, pour des raisons personnelles ou religieuses, croyaient à un grand cataclysme en 2012 trouvaient beaucoup de publicité soutenant leur croyance : des dizaines de milliers de sites Internet s’y référaient et plusieurs films récents ont tablé sur le chiffre 2012, accompagné d’un message catastrophique pour faire mousser les ventes. De plus, Amazon.com, le site de vente de livres en ligne le plus populaire, offrait des centaines de titres à ceux qui cherchaient des ouvrages sur « apocalypse », « doomsday » et « armageddon », couplés avec l’année 2012 comme critères.
Je ne connais pas le nombre de sites Web d’astronomie et de scepticisme qui ont déboulonné une à une les prétendues catastrophes planétaires qui nous guetteraient. Leur nombre est probablement bien moindre que ceux qui laissent croire qu’une fin du monde est proche. Toutefois, à mon avis, les efforts pour la science et la raison ne sont pas vains. Si 10 % des gens croyaient en une fin du monde probable en 2012, 90 % des gens n’y croyaient heureusement pas. La situation serait pire sans les interventions critiques et factuelles des scientifiques et des rationalistes.
La qualité des échanges sur les réseaux sociaux dépend du niveau d’éducation de ceux qui en font partie. Ces internautes seraient plus prudents à l’égard des fausses informations qui y circulent s’ils avaient été formés à exercer leur esprit critique dès le plus jeune âge. Là, sans doute, réside un important facteur qui permettrait à la raison de finalement l’emporter.
Question : Finalement, compte tenu de la facilité avec laquelle Internet permet maintenant à tous de s’exprimer, le Web 2.0 n’amplifie-t-il pas la propagation des croyances ?
Réponse : D’accord, les croyances ont trouvé sur le Web un terrain de propagation fertile. Et j’ai tenté de démontrer avec la prédiction de fin du monde en 2012 que même une idée farfelue et manifestement fausse peut y prendre beaucoup plus de place que la contrepartie rationnelle. Pour séparer le vrai du faux, il faut développer un esprit critique – ce qui devrait se faire d’abord à l’école.
Plus de sites de vulgarisation scientifique aideraient aussi à faire la juste part des choses. Par ailleurs, si les autres médias pratiquaient un journalisme plus rigoureux, beaucoup de fausses croyances n’y seraient plus abondamment véhiculées, comme souvent elles le sont aujourd’hui. En outre, si plus de scientifiques de renom prenaient publiquement position sur les conceptions scientifiques erronées, elles ne gagneraient pas autant de terrain. Et toutes ces rectifications se retrouveraient finalement sur le Web et seraient vraisemblablement discutées sur les réseaux sociaux.
Tester rigoureusement ses idées
Question : Il fût un temps où les sceptiques étaient ceux qui criaient au scandale lorsque certains disaient que la Terre était ronde...
Personnellement, je pense qu’un peu de folie ne nuit pas aux avancées scientifiques, au contraire... Qui plus est, aujourd’hui la science est tellement loin de tout expliquer qu’il serait absurde de dire que quand on ne prouve pas quelque chose scientifiquement, alors cela n’existe pas !
Pour avoir vécu certaines choses non prouvables scientifiquement, je sais qu’on ne peut pas se fier uniquement à la science !
Après, comprenons-nous bien, je ne dis pas non plus de croire aux fantômes, à la fin du monde, aux ovnis, etc. Il ne faut pas non plus être naïf ! En effet, il faut avoir un esprit critique des plus aiguisés pour parler de ça, mais de là à tout nier en bloc, cela sera aussi absurde que le contrôle des connaissances par l’Église il y a quelques siècles ! (d’où mon analogie du début !)
Réponse : Les Sceptiques du Québec ne nient pas en bloc tous les phénomènes réputés paranormaux et pseudoscientifiques. Même si, jusqu’à présent, aucune preuve convaincante n’a encore été apportée pour ces phénomènes, ils gardent un esprit ouvert et attendent patiemment ces preuves ; ils offrent en outre 10 000 $ à celui ou celle qui en ferait une démonstration rigoureuse. Ils sont d’avis que la science progresse lorsque les théories avancées sont appuyées par des expériences reproductibles publiées dans des revues scientifiques avec comité de lecture par des pairs.
Je suis bien d’accord avec vous que la créativité repose en partie sur un brin de folie : une idée surgit et elle nous semble géniale, un événement déconcertant se produit sans qu’on puisse y trouver une explication. C’est le début d’une recherche qui devra tester rigoureusement les hypothèses qui nous semblent prometteuses. Cependant, ne nous fions pas trop aux témoignages et gardons-nous de rejeter les résultats négatifs en ne conservant que les résultats positifs, comme les tenants du paranormal et des pseudosciences ont l’habitude de le faire.
Il est vrai que la science ne peut tout expliquer et qu’elle peut parfois se tromper. Toutefois, la méthode scientifique demeure le meilleur outil que nous ayons pour parvenir à une vraie connaissance et éviter les faux savoirs. Ceux qui se présentent comme des Galilée modernes, martyrs de la science, devraient offrir des preuves convaincantes de leurs affirmations ou continuer leurs recherches s’ils estiment que cela en vaut la peine.
Dangers des radiofréquences
Question : Sceptiques, nous devons tous l’être, et encore davantage si nous sommes journalistes. Il faut l’être également lorsque les scientifiques qui dérangent font l’objet d’attaques à leur intégrité dirigées par des critiques financées par l’industrie.
Comme il faudra des décennies pour résoudre certaines énigmes et que les fonds de recherche sont rares et inaccessibles à ces chercheurs qui dérangent, l’application du principe de précaution est de mise lorsque des preuves indiquent que la santé publique pourrait être menacée.
Ainsi, en janvier 2011, deux des principaux auteurs de la mégaétude Interphone sur la téléphonie cellulaire affirmaient dans le Journal of Occupational and Environmental Medicine : « Des mesures simples et bon marché, comme l’utilisation de SMS, des kits mains libres et/ou le mode haut-parleur du téléphone pourraient considérablement réduire l’exposition du cerveau au téléphone portable. Donc, jusqu’à ce que des réponses scientifiques définitives soient disponibles, l’adoption de telles précautions, particulièrement parmi les jeunes, est recommandée.
Comme il ressort de l’étude Interphone et d’autres études, et bien que davantage de recherches soient nécessaires, la possibilité d’un risque accru de gliome – une forme particulièrement dangereuse de tumeur cérébrale – à long terme chez les grands utilisateurs est préoccupante. Même un risque faible au plan individuel pourrait finalement aboutir à un nombre considérable de tumeurs et constituer une importante question de santé publique. »
Ces conseils sont plus pertinents que jamais, car la Cour suprême italienne vient de confirmer la maladie professionnelle d’un travailleur atteint d’un gliome, une tumeur cérébrale mortelle en moyenne dans les 400 jours après l’émission du diagnostic. Il avait appelé ses clients avec son téléphone cellulaire sans protection jusqu’à six heures par jour pendant douze ans.
Selon une étude de l’oncologue suédois Lennart Hardell publiée en 2010, le risque de gliome est quintuplé après dix ans chez les gens qui commencent à faire un usage intensif du téléphone cellulaire avant l’âge de 20 ans. Le site microwavenews.com du physicien Louis Slesin est une source très rigoureuse permettant de suivre cette discussion.
Réponse : Ceux qui utilisent fréquemment et longuement le téléphone cellulaire pourraient considérer, selon le principe de précaution, l’usage d’un écouteur avec fil plutôt que de tenir le téléphone collé à l’oreille. Ils exposeraient alors leur tronc ou leur taille plutôt que leur cerveau, ce que certains jugent préférable. S’ils sont personnellement convaincus que les dangers d’exposition sont potentiellement réels, ils devraient réduire de beaucoup son usage ou encore l’abandonner complètement.
Le débat sur les dangers réels des radiofréquences se poursuit. Toutefois, reconnaissons que presque tous les experts dans ce domaine et presque toutes les agences de santé nationales acceptent comme normes des niveaux d’exposition beaucoup plus élevés que ceux produits par les téléphones cellulaires.
À Montréal, le 18 mai 2012, un groupe d’une cinquantaine de professeurs de science et de génie du Québec signait une lettre ouverte sur les dangers présumés des « technologies radiofréquences ». Cette démarche a été amorcée par Thomas Gervais, chargé d’enseignement à l’École Polytechnique de l’Université de Montréal et journaliste scientifique. Au sujet du téléphone cellulaire, elle disait ceci :
« Les milliers d’études réalisées, tant épidémiologiques qu’expérimentales chez l’humain, ne montrent pas de hausse des cas de cancer à la suite d’une exposition aux radiofréquences de faible intensité, c’est-à-dire à des intensités égales ou inférieures à celles émises par les téléphones cellulaires. »
Climatoscepticisme
Question : Les gens qui nient le réchauffement climatique aiment bien s’attribuer le titre de « sceptiques ». À l’inverse, aux États-Unis, les scientifiques derrière Skeptical Science (1) ont utilisé ce qualificatif pour un site (fort bien fait) où ils démolissent les déclarations-clichés des « climatosceptiques ». Où se situent les Sceptiques du Québec là-dessus ?
Réponse : Le réchauffement planétaire lui-même n’est pas vraiment contesté chez les Sceptiques du Québec, ni d’ailleurs chez la plupart des autres associations de sceptiques. Que ce réchauffement soit en grande partie dû à l’augmentation des gaz à effet de serre de nature anthropique ne l’est pas non plus. Toutefois, l’efficacité des solutions proposées pour réduire de façon significative le réchauffement climatique demeure toujours un sujet de discussion.
Plusieurs pensent que les réductions de gaz à effet de serre (GES), recommandées par certaines instances internationales, n’aideront que marginalement à réduire la hausse de température prévue à la fin du siècle. D’abord, le CO 2 déjà émis dans l’atmosphère (et celui qu’on continue d’émettre) y restera au moins 100 ans avant d’être absorbé. Ensuite, parce que les accords internationaux de réduction de GES n’ont eu aucun impact sur l’augmentation moyenne annuelle de CO 2 dans l’atmosphère, évaluée à deux parties par million, une augmentation essentiellement constante depuis une vingtaine d’années. Le recours accéléré aux énergies « vertes » en remplacement des énergies fossiles et la géo-ingénierie du climat leur apparaissent des avenues plus prometteuses.
La discussion se poursuit. Les Sceptiques du Québec ont invité le professeur Shaun Lovejoy de l’Université McGill à venir leur donner, le 13 février 2013, une allocution qui s’intitulait : « Qu’est-ce que le climat ? Un regard sceptique sur les climatosceptiques. » Il est coauteur d’un livre qui paraissait en décembre 2012, The Weather and the Climate.
Croyances exotiques
Question : Est-ce qu’il y aurait des croyances, dans le monde ou ici, qui vous surprennent et sont plus exotiques pour les Québécois que nous sommes ? La mémoire de l’eau ou la céréologie sont de bons exemples. Comment envisagez-vous l’alchimie ?
Réponse : Un grand nombre de croyances m’apparaissent surprenantes. Certains adeptes croient à des théories qui ne donnent pas concrètement les résultats attendus. D’autres s’attachent à des explications invérifiables ou démontrées fausses. Il y a lieu de s’en étonner.
Vous mentionnez la mémoire de l’eau, une mémoire structurelle qui permettrait à l’eau de conserver la trace de molécules avec lesquelles elle aurait été brièvement en contact, longtemps après qu’elles n’y soient plus présentes. Certains y croient toujours, même après que les premières expériences, apparemment concluantes, eurent été invalidées par le célèbre magicien sceptique James Randi. Personne d’autre n’a, par la suite, réussi à les reproduire de façon concluante. Certains scientifiques tentent toujours d’en faire la démonstration, dont un récent lauréat du prix Nobel. Rappelons que la mémoire de l’eau fournirait un début d’explication physique crédible aux effets des médicaments homéopathiques, allégués supérieurs à l’effet placebo. D’importants intérêts financiers sont en jeu.
Certains adeptes de la céréologie estiment que les grands cercles tracés dans des champs de céréales représentent des « signes » laissés par des visiteurs extraterrestres. Cette croyance est aussi assez surprenante, et pour plusieurs raisons. Les premiers constructeurs de ces cercles ont admis avoir couché des plantes sur le sol avec une planche attachée à une corde pour former des cercles presque parfaits. D’autres farceurs s’étaient empressés de faire de même bien avant leurs aveux. Des concours ont aussi été lancés récompensant ceux qui réussiraient à faire les plus belles figures complexes dans des champs de céréales. Continuer de croire qu’il s’agit de messages d’extraterrestres relève d’une incroyable naïveté...
L’alchimie m’est toujours apparue comme une pseudoscience du Moyen Âge qui n’a jamais pu réaliser ses prétentions. Elle n’a jamais pu changer le plomb en or, ni produire un élixir miraculeux capable de guérir tous les maux ou assurer l’immortalité. Devrions-nous considérer certains cosmétiques aux prétentions excessives et les produits homéopathiques comme des potions alchimiques modernes ?
Les faiblesses de la science
Question : Comment arrivez-vous (ou vos collègues) à concilier l’engagement dans le scepticisme et la pensée critique par rapport aux pseudosciences (qui vous oblige à ériger un certain modèle de référence comme étant la seule bonne et vraie science) et les révélations, jour après jour, de toutes les failles de la science positiviste dominante qui amènent, par exemple, deux chercheurs anglais au constat que « science is broken » ? Le supersceptique Ben Goldacre a tout récemment publié un livre, Bad Pharma, sur les lacunes énormes de la science biomédicale alors que les médecins s’y fient pour prescrire des médicaments. Il montre ainsi que le modèle de référence de la « evidence-based science » est vulnérable aux passions humaines les plus laides (cupidité, paresse, lâcheté). Quel est l’idéal scientifique qui le guide dans son activité critique ? Et le vôtre ?
Réponse : Nous nous occupons surtout de pseudosciences déjà clairement rejetées par les scientifiques, telles la télépathie, la télékinésie et la voyance ou encore l’homéopathie, l’acupuncture et la radiesthésie. Les chercheurs sérieux les ont laissées de côté parce qu’elles ne sont guère prometteuses. Pourtant, une partie importante de la population y croit toujours. Nous tentons d’aider les adeptes de ces pseudosciences et du paranormal à exercer leur esprit critique à leur égard.
Nous le faisons en les invitant à des conférences sur des sujets d’actualité scientifique données par des experts locaux sur les dangers des radiofréquences et de l’amiante, par exemple. Nous publions aussi une revue donnant un point de vue sceptique sur certaines croyances, entre autres sur la communication avec les morts et les colliers magiques de pur noisetier. Nous tenons aussi un forum Internet sur toutes ces questions ; des centaines de milliers de messages y ont été échangés au cours des dix dernières années. L’accent est mis sur l’analyse critique, les faits avérés et les pièges argumentaires à éviter.
L’idéal visé est de fonder son action sur des connaissances bien établies, tout en sachant qu’elles doivent périodiquement être révisées sur la base de nouvelles données. C’est un peu ce que Ben Goldacre essaie de faire dans le domaine médical, dont il est un spécialiste. Il y a constaté des failles qu’il a mises en évidence dans ses livres, tout en militant pour des améliorations du processus de vérification de la qualité des recherches. C’est ce type de spécialiste que nous invitons à venir donner des allocutions dans des conférences ouvertes au public.
Promouvoir l’esprit critique par le paranormal
Question : J’ai lu aujourd’hui que l’université de l’Idaho avait accepté le projet de recherche de l’un de ses scientifiques qui voulait partir à la recherche du Bigfoot à bord d’un dirigeable. On dirait un canular ! Ça m’a fait penser à d’autres universités qui s’intéressent aussi au paranormal et autres sujets de même acabit. N’est-ce pas contradictoire de retrouver ces sujets dans des universités ? Enfin, un petit truc simple pour remercier avec diplomatie (et intelligence !) une tante éloignée qui aura par un excès de gentillesse décidé de m’offrir en cadeau, à Noël, un collier de noisetier ;-)?
Réponse : Certains cours traitant de phénomènes paranormaux pourraient avoir leur place dans le curriculum universitaire si les enseignants utilisent ces croyances comme exemples pour développer l’esprit critique des étudiants. Le danger, c’est que ces cours soient donnés par des professeurs qui, secrètement ou non, croient au paranormal. Un préjugé favorisant le paranormal pourrait alors facilement se propager au détriment de l’esprit critique. De tels cours devraient être bien encadrés par un comité de spécialistes provenant de domaines pertinents.
Par ailleurs, une difficulté importante contrecarre les projets sérieux de recherche sur le paranormal : il n’y a habituellement aucun phénomène concret et mesurable à analyser. Dans des conditions rigoureusement contrôlées, rien ne se passe. Toute prétention repose alors sur des témoignages d’événements qui peuvent soit s’expliquer de façon naturelle, soit demeurer invérifiables par manque de données tangibles.
Le Bigfoot en est un exemple classique. Des gens racontent avoir vu un géant velu s’enfuir rapidement. Ils croient parfois distinguer sur le sol de grosses empreintes de pas d’allure simiesque... et leur imagination fait le reste. S’il y a des photos, elles seront désespérément floues. Pourtant, un animal inconnu ne peut vivre seul. Il aura des compagnons, des compagnes, des enfants. Ce groupe d’animaux doit laisser des traces : restes de repas, excréments, artefacts, cadavres... Rien de tout cela n’a été concrètement rapporté – sauf dans le cas de canulars.
D’autre part, si une tante éloignée vous offre un collier de noisetier, remerciez-la chaleureusement et commentez la beauté du collier en le passant autour du cou. Si elle fait référence à ses propriétés thérapeutiques alléguées, dites-lui que vous en doutez fortement, mais que votre grande ouverture d’esprit vous permettra de le porter pour ses qualités esthétiques.
Notes
1. http://www.skepticalscience.com/argument.php
Source : Pseudosciences : les sceptiques seront confondus. Discutez avec notre expert : Louis Dubé, président des Sceptiques du Québec, le 29 octobre 2012.
Lien : http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2012/10/29/discutez-notre-expert-louis-dube-president-sceptiques-quebec