Évolution

Évolution ou création ?

Voici, en bref, dix preuves incontournables de l’évolution et vingt objections décisives au créationnisme. Pour plus de détails, consultez les autres articles de ce dossier dans le présent numéro et les références données à la fin de cet article.

Dix preuves de l’évolution

1. Fossiles ordonnés

Des couches géologiques plus profondes aux plus récentes, les caractéristiques anatomiques d’un même groupe d’animaux varient légèrement de façon graduelle. La taille du cheval, par exemple, s’est accrue, passant de celle d’un petit chien (Hyracotherium : 30 cm) à celle du cheval actuel (150 cm), en 45 millions d’années. Le nombre d’orteils touchant terre est passé de quatre à un seul aujourd’hui. L’évolution progressive des chevaux est un exemple parmi des centaines d’autres.

2. Chaînons présents

Les fossiles intermédiaires existent. Un des exemples les plus connus : l’Archeopteryx — dont dents, griffes et queue sont clairement reptiliennes — pouvait voler avec les ailes plumées d’un oiseau. Un autre chaînon « manquant » prédit et retrouvé : le Basilosaurus, muni de quatre petites pattes inutiles pour la marche comme pour la nage ; il fait le lien entre les baleines actuelles, qui n’ont pas de pattes arrière, et leurs ancêtres terrestres à quatre pattes.

3. Embryons similaires

Les embryons de vertébrés (morue, poulet, humain) sont très semblables au début, mais divergent lentement à mesure qu’ils se développent, pour être de formes très différentes à la naissance. Leur développement, par exemple, passe tous trois par des fentes brachiales, parfaitement inutiles pour les poulets et les humains, mais qui témoignent d’un ancêtre commun qui avait des branchies.

4. Anatomies homologues

L’anatomie des mammifères est très semblable : le bras humain et la nageoire de la baleine sont tous deux formés de 30 os et 17 articulations, dont une seule est mobile chez la baleine. Ils ont reçu d’ancêtres communs le même héritage squelettique. Toutefois, pour faire une rame de la nageoire de la baleine, l’évolution a dû figer 16 des 17 articulations du bras.

5. Caractères convergents

Des espèces qui ont le même mode de vie possèdent les mêmes adaptations, bien qu’elles puissent provenir d’ancêtres très différents. Par exemple, le requin, l’ichtyosaure et le dauphin ont adopté une forme extérieure très semblable pour pouvoir se déplacer rapidement dans l’eau. Pourtant, ils sont issus d’ancêtres très différents : poissons, reptiles, mammifères. La sélection naturelle les a fait converger vers des caractéristiques adaptatives similaires.

6. Gènes semblables

Tous les êtres vivants (érables, huîtres, éléphants, humains) ont le même type de code génétique ; ils portent tous les mêmes acides nucléiques ADN et ARN, et les mêmes protéines composées des mêmes acides aminés. Par exemple, notre génome serait à 98 % similaire à celui des chimpanzés, incluant de nombreuses séquences de pseudogènes identiques qui n’ont pas de fonction, mais font partie de l’héritage génétique d’ancêtres communs aux deux espèces.

7. Sélection active

On peut constater la sélection naturelle en action aujourd’hui en observant des bactéries qui deviennent résistantes à nos antibiotiques. Ces bactéries mutent constamment et rapidement. La très grande majorité est tuée par les antibiotiques. Une mutation providentielle permet parfois à certaines d’entre elles de survivre et de se multiplier, et elles deviennent alors résistantes aux antibiotiques utilisés.

8. Sélection domestique

Nous avons nous-mêmes procédé, avec grand succès depuis 10 000 ans, à la sélection artificielle de loups pour les transformer en de multiples races de chiens de compagnie, comme nous l’avons fait pour notre plus grand profit avec la vache laitière et les céréales. Les espèces peuvent évoluer ; elles ne sont pas immuables.

9. Biogéographie révélatrice

Les différentes espèces ont une forte tendance à se grouper de façon géographique, tels kangourous et koalas en Australie, et lémurs à Madagascar. De plus, il n’y a aucun ours en Afrique ni aucun loup en Australie. Ces surprenantes répartitions s’expliquent facilement par le rassemblement naturel des descendants d’un ancêtre dans une région donnée, isolée par une barrière infranchissable comme un océan.

10. Dérives continentales

Certains fossiles (Cynognatus, Mesosaurus) n’apparaissent que dans certaines bandes terrestres de l’Amérique du Sud et de l’Afrique, dont la continuité observée implique que ces continents étaient autrefois soudés ensemble. Elles attestent de la lente dérive des continents sur plusieurs centaines de millions d’années. Cette dérive continentale de quelques centimètres par an ne peut s’être produite en si peu que 10 000 ans.

Vingt objections au créationnisme

1. Premier humain

Le concept de premier humain n’existe que si on présuppose déjà une création. Il est aussi trompeur que de prétendre qu’il y a eu un premier francophone. La langue française s’est peu à peu formée, au cours de centaines d’années, à partir du latin populaire sous influence germanique. L’espèce humaine a émergé d’Afrique, au cours de millions d’années, d’une série de mieux en mieux connue de préhumains : australopithèques, et homo habilis, erectus et sapiens.

2. Complexité irréductible

La prétention de complexité irréductible d’un système vivant n’est pas fondée. La suppression d’une partie essentielle le rendrait sans doute inopérant, mais cela ne signifie pas qu’il n’a pas évolué. Chacune des étapes intermédiaires menant au système prétendument irréductible donnait un avantage évolutif complet, mais pas nécessairement relié à la fonction finale. Ainsi, un duvet protégeant du froid peut se transformer en attrape-moustique, puis en membrane entre le bras et le corps servant à planer, et finalement en aile pour s’envoler dans les airs.

3. Probabilités infinitésimales

Les créationnistes affirment que les agencements complexes des molécules de la vie ne peuvent s’être produits par hasard à partir d’une grande soupe d’atomes constamment mélangée. Ils ont raison, mais ils oublient qu’il y a un mécanisme naturel qui sélectionne les molécules les mieux adaptées à l’environnement. Cette sélection ne repart pas à zéro chaque fois, elle est cumulative et améliore l’adaptation à chaque génération.

4. Radiométrie inconstante

Selon les créationnistes, les techniques de datation des fossiles par radiométrie seraient peu fiables. Ils citent quelques exemples d’erreurs de datation, dont ils font grand cas, mais oublient les millions d’autres évaluations indépendantes parfaitement cohérentes entre elles et avec le principe de « plus c’est vieux, plus c’est creux ». De tels résultats cohérents ne peuvent se produire par hasard.

5. Erreurs de design

Les cellules sensibles à la lumière des vertébrés pointent vers le fond de l’œil, plutôt que vers l’extérieur. Cette erreur de design, la même pour tous les vertébrés, contribue à une réduction appréciable de la lumière atteignant les récepteurs, à la tache aveugle du nerf optique qui doit traverser la rétine et au risque de décollement de la rétine, non retenue au fond de l’œil. Ces imperfections proviennent de la technique évolutionniste d’essais et erreurs — sûrement pas d’un plan rationnel.

6. Organes vestigiaux

L’humain possède des organes inutiles : le coccyx (vestige d’une queue préhensile), l’appendice (vestige du cæcum des mammifères herbivores). D’autres animaux également, comme les baleines et les pythons qui ont des bassins et des fémurs superflus. Ces organes, aujourd’hui sans fonction, attestent d’ancêtres qui en avaient besoin. Ils ne sauraient être l’œuvre d’un ingénieur tout-puissant.

7. Gaspillage planifié

Une morue pond des millions d’œufs dont seulement quelques-uns survivront. Des millions d’individus sont sacrifiés pour qu’il y ait des améliorations. Une technique basée sur un tel gaspillage biologique ne semble pas résulter d’un dessein intelligent.

8. Dinosaures humains

On a trouvé des empreintes de pas humains incrustées au milieu de traces de dinosaures au Texas. Faux. Ces empreintes ne sont pas d’origine humaine. Les paléontologues, qui les ont examinées, ont conclu soit à des traces de dinosaures plus petits, soit à des irrégularités attribuables à l’érosion ou à des altérations intentionnelles. Évidemment, aucune publication positive de ces trouvailles paléontologiques n’est parue dans des revues avec comité de lecture.

9. Espèces disparues

La nature a créé des millions d’espèces qui sont aujourd’hui disparues : trilobites, dinosaures, protos humains… Est-il concevable qu’un créateur intelligent les ait toutes créées pour les vouer sans rémission à une lente ou brutale extinction ?

10. Cruauté organisée

Pour survivre, les carnivores mangent les herbivores, les gros poissons mangent les petits poissons, les parasites tourmentent leur hôte. Ce système cruel et sans pitié de prédateurs et de victimes peut-il vraiment avoir été conçu par un créateur infiniment juste et bon ?

11. Singes et humains 

Si nous venons de singes, pourquoi y a-t-il toujours des singes ? Parce que les humains et les singes ont un ancêtre commun âgé de plusieurs millions d’années, et qui n’était ni un humain ni un singe. La branche des singes a notamment engendré les chimpanzés, les bonobos et les gorilles. La branche des humains a produit de nombreuses espèces aujourd’hui éteintes, dont homo habilis, erectus, ergaster et neanderthalensis ; ce dernier serait disparu il y a moins de 40 000 ans.

12. Fossiles manquants

On a trouvé de nombreux fossiles transitoires, notamment pour des espèces assez récentes comme la baleine, le cheval et l’humain. On ne trouvera sans doute pas toutes les formes transitoires parce que certaines formes intermédiaires n’ont géologiquement duré que peu de temps, n’avaient pas de squelette ou de carapace, ou encore ont été détruites par leur retour dans les profondeurs en fusion de la Terre, selon la tectonique des plaques continentales.

13. L’évolution n’est qu’une théorie

Les différentes sciences font toutes appel à des théories explicatives qui tiennent compte du plus grand nombre possible de faits pertinents. Une théorie sera estimée robuste si elle permet de prédire d’autres faits que l’on peut observer ultérieurement. La théorie de l’évolution est réputée aussi solide que la théorie de la gravitation. Elle est aussi falsifiable : si on trouvait des fossiles de trilobites ou de dinosaures dans la même couche géologique que des singes ou des humains, cela la remettrait en question.

14. Truffée de fraudes

Des erreurs, des fraudes et des canulars auraient parsemé la théorie de l’évolution. La méthode scientifique progresse justement en les éliminant pour solidement établir une théorie. Les créationnistes montent en épingle certaines erreurs pour tenter de discréditer l’ensemble de la théorie de l’évolution, alors que les erreurs de bonne foi font partie de la recherche de la vérité. D’ailleurs, ce sont généralement des scientifiques qui rapportent ces bavures et non des créationnistes.

15. La deuxième loi de la thermodynamique

La deuxième loi de la thermodynamique stipule que le désordre augmente nécessairement dans un système fermé, il tend ainsi à s’uniformiser ; donc la vie (organisée) devrait être impossible sur Terre. Toutefois, la Terre n’est pas un système fermé, elle reçoit beaucoup d’énergie du Soleil, lui donnant ainsi de nombreuses occasions de se structurer. Sans la chaleur de notre étoile, toute vie serait impossible sur Terre.

16. L’évolution n’explique pas la moralité

Au contraire, certaines espèces ne survivent que parce que les individus qui les forment coopèrent entre eux. Les singes en sont l’exemple le plus près de nous. Ils récompensent les collaborateurs au groupe et punissent les tricheurs qui tentent d’obtenir des avantages aux dépens du groupe. Ils ont aussi développé des procédures de réconciliation pour garder le groupe intact. Un sens moral inné permet aux espèces sociales, tels les humains, de survivre et de prospérer.

17. Les protos humains

Les créationnistes supposent que seul l'homo sapiens aurait été créé à l’image de Dieu. Ils laissent tomber toutes les espèces de protos humains qui ont existé avant les humains, et dont certaines ont même coexisté avec lui, tels les néanderthaliens ; ces derniers avaient un cerveau en moyenne plus gros que celui des humains. Même s’ils sont à nos yeux primitifs, ne devrait-on pas leur accorder un statut semblable au nôtre ? N’auraient-ils pas, eux aussi, été créés à « l’image de Dieu » ? Et que dire d’autres civilisations qui existeraient vraisemblablement dans notre galaxie ou dans d’autres galaxies ?

18. A priori matérialiste

La science impose le matérialisme et exclut d’emblée le surnaturel. Il n’est pas surprenant qu’elle ne trouve pas de place pour Dieu, clament les créationnistes ! Puisque la science cherche des causes naturelles aux choses matérielles, il est normal qu’elle exclue les explications surnaturelles qui peuvent être avancées. Les explications surnaturelles n’expliquent vraiment rien du tout puisqu’elles ne sont ni vérifiables ni falsifiables. Elles comblent notre ignorance avec encore plus d’ignorance et ne sont d’aucune utilité.

19. Science historique ou expérimentale

Les créationnistes d’une Terre jeune de 6000 ans ne se fieraient qu’à des sciences expérimentales. Les sciences historiques, comme l’évolution, dépendraient de certaines présomptions scientifiques erronées — sur la datation radiométrique, par exemple. D’autre part, des carottes de glace forées dans l’Antarctique démontrent des centaines de milliers de cycles de saisons. Certains arbres ont près de 10 000 cercles de croissance dus aux saisons. De plus, c’est la convergence des conclusions de différentes sciences qui soutiennent l’évolution, pas seulement la découverte des fossiles. Et on peut observer l’évolution en action chez les espèces qui ont un cycle de reproduction rapide et sont soumises à de sévères conditions environnementales, tels les virus et les bactéries.

20. Un design requiert un concepteur

L’analogie de la montre de « Paley » ne démontre pas l’existence d’un Créateur. La nature ne construit pas avec un design en tête et ne va pas chercher les pièces dont elle aurait besoin pour façonner une espèce, comme un artisan fabriquerait une montre. Elle commence avec des petits systèmes fonctionnels et les modifie pour arriver à des systèmes très complexes. Les organismes qui perdurent sont ceux qui sont, à chaque stade, les plus adaptés à leur environnement et se reproduisent en plus grand nombre que ceux qui sont moins adaptés.

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Preuves de l’évolution et objections au créationnisme ont été résumées et compilées par Louis Dubé, rédacteur en chef. Le texte « Évolution ou création ? », paru dans le Québec sceptique numéro 60, a été révisé et augmenté pour constituer cette nouvelle version.

Sources : Le miroir du monde. Évolution par sélection naturelle et mystère de la nature humaine, Cyrille Barrette, MultiMondes, 2000 ; Evolution and the Myth of Creationism, Tim Berra, Stanford University Press, 1990 ; sites Internet www.talkorigins.org, http://pubs.usgs.gov/gip/dynamic/historical.html (United States Geological Survey)  ; Top 10 Myths about Evolution, Skeptics Society, Altadena, CA.

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